Tape du pied. Serre les poings. Lève la tête.
Le beat s’accélère. Le corps suit et le regard défie quiconque de faire pareil, de tâter la rage qui gronde, là. Et marque chaque mouvement, invariablement, durablement. L’onde de choc emplit l’air, intensifie le moindre geste, intime le silence. Retiens ton souffle.
Au creux du krump, sourd une révolte.

C’est à une transe étrange que nous convient Heddy Maalem et ses danseurs en cette fin d’après-midi. Un soleil timide perce les fenêtres du studio. Vite éclipsé par six silhouettes qui approchent, le pas décidé. On s’apostrophe, on s’encourage, on s’impressionne. Et la danse commence. Chacun y va de sa gestuelle de son style, de sa colère. L’épiderme hérissé, l’œil aux aguets. On se raconte.
Rapide, précis, volontaire. Le moindre geste est un manifeste. De saccades en secousses, les mouvements s’enchaînent, les torses jaillissent, les corps s’affirment. On s’impose. La vitesse d’exécution, l’énergie déployée, la violence sublimée ont de quoi laisser pantois.
La rétine tente d’imprimer tant bien que mal cette succession de mouvements syncopés et de postures travaillées. En vain. Quelque chose se joue ici, au-delà de la seule danse. Il en va du rituel. Les corps en tension se livrent à une démonstration de force. S’amusent de la contrainte. Exorcisent leur souffrance et clament leur existence. On jubile. La danse s’achève, les chairs s’apaisent.

Une expiration discrète. A mes côtés, un spectateur s’autorise enfin à reprendre son souffle.

 

Texte d'Audrey Meyer d'après la répétition publique d’Eloge du Puissant Royaume d’Heddy Maalem le 28 mars 2013 à l’Atelier de Paris-Carolyn Carlson.
Avec Anthony-Claude Ahanda alias Jigsaw aka Twin, Anthony Jean alias Crow Boy Tiger, Wladimir Jean alias Big Trap, Ludovic Manchin-Opheltes alias Kellias Aka Bijuu, Émilie Ouedraogo alias Spencer, Anne-Marie Van alias Nash

(droits réservés : Audrey Meyer)